L’égoïsme ou l’autre chemin?

L’égoïsme

 

En lisant le chapitre

 

24 duTaoTe King, vous en avez compris
sans aucun doute le sujet et l’ intention. Le portrait de l’homme
né de la nature dans ses faits et gestes ordinaires y est esquissé en
quelques traits habiles, un portrait si moderne, si actuel qu’on
ne sait ce qui est le plus étonnant : ou que LaoTseu ait dépeint, il
y a des millénaires, l’homme du vingtième sie'cle ; ou que depuis
tant d’années l’homme de la nature n’ait pas changé.
Mais notre étonnement cède quand on comprend encore
une fois qu’en raison de son état psychique, l’homme né de la
nature est dans l’ incapacité de changer. Les circonstances exté-
rieures changent, en gros et en détail, mais l’homme né de la
nature reste invariablement du même type, c’est-a'-dire du
type même de son égoïsme. L'égoïsme  est l’ impulsion originelle
de la nature, habituelle a' l’être humain a' des degrés divers.
Personne ne peut s’en libérer sans renoncer totalement a' son
moi.
La forme la plus forte et la plus cristallisée en est celle de
l’homme égocentrique, endurci, qui ne considère, du berceau
a' la tombe, que son moi et son propre intérêt ; donc n’ayant
aucun attachement sentimental ni familial de quelque nature
que ce soit, comme de l’affection pour sa mère ou une bonne
entente avec son conjoint ou un enfant. Cette forme d’égoïsme
excluant tout le relèue a' l'état d'animal car dans le règne
animal l’on observe qu’un Tien, quoique passager, unit mère
et enfants et que des animaux peuvent même se sacrifier pour
protéger la vie de leurs petits. C’est pourquoi, a' notre époque,

 

nous ne connaissons cette forme d’égoïsme que dans une expression

psychique dégénérative, c’est-a’-dire chez ceux qui,

psychiquement perturbés, sacrifient tout a’ leur cupidité et a’

leur luxure sous-animales.

Notez que cette forme d’égoïsme grandit très vite a’ notre

époque dans tous les pays et chez tous les peuples. Cela démontre

que l’humanité s’abaisse rapidement au-dessous du niveau

qualifié d’humain, ce qui nous avertit clairement d’une fin

prochaine.

Une forme plus haute d’égoïsme est celle qui, tout en placant le moi au centre, inclut aussi la famille. Dans ce groupe les liens du sang parlent plus ou moins fort, quoique de facon passagère.

 

Il faut comprendre ce phénomène, car il est évident que
la sollicitude et le dévouement pour la famille est une forme de
réalisation et de renforcement personnels, donc une expansion
dumoi. C’est un égoïsme ou s’expriment toutes les venus hautement
prisées de la paternité et de la maternité.
Cet égoïsme a été soumis a' diverses sortes de cultures ; de
nombreuses lois le règlent et le soutiennent. Que ce soit une
forme d'égoïsme évidente, les efforts et les réjouissances, les
compliments et l’orgueil qui accompagnent la réussite des
membres de la-famille le démontrent, même si parfois le succès
met en oeuvre une morale douteuse.
L' égoïsme est encore plus évident quand deux familles visent
le même but et ont les mêmes convoitises. Quand bien
même la vie et la solidarité familiales ainsi que le niveau culturel
seraient 
ce qu’on appelle élevées, une lutte terrible se déclare
alors, une lutte ayant la même base et la même force astrale
que les féroces combats de l’homme préhistorique. Les formes
peuvent en être différentes, le fond et le résultat sont toujours les
mêmes : guerre et défaite.
Ensuite l'égoïsme s’étend encore et devient l’égoïsme de
groupe, celui d’un peuple, puis d’une race. Les développements
et conséquences n’en sont que trop bien connus. Quand
 quelqu’un est atteint de la psychose de l"égoïsme de groupe ou
plus haut. Au contraire elles peuvent en être fortifiées car l’ intérêt¤
de l’ individu est facilement entravé par celui du groupe.
La force de l'égoïsme individuel connaît alors une tension
beaucoup plus forte. Et les conséquences sont évidentes : la
lutte fait rage.
Pour bien comprendre les intentions de LaoTseu, n’oubliez
surtout pas que le développement de l'égoïsme sur la courbe
ascendante s’accompagne toujours d’un développement
moral. Nombreux sont les exemples d’hommes ayant sacrifié
leurs propres intérêts a' ceux de la famille, a' ceux du groupe, a'
ceux du pays, du peuple, de la nation et, dans unemesuremoindre,
ceux de leur race. La littérature nous en donne, aujourd’hui
comme hier, des exemples illustres. Il faut sans doute les considérer avec
 la plus grande réserve parce que la disposition et
l’empressement a' se sacrifier sont toujours mêlés d’une forme
d’égoïsme. Mais il est certain que le développement de
l'égoïsme s’accompagne d’un développement moral stimulé
par la religion et l’humanitarisme, et protégé par la loi.
Aujourd’hui, en ce qui concerne la culture de l'égoïsme,
l’humanité s’apprête a' gravir le dernier eéhelon, sous divers
prétextes moraux naturellement. Une fois ce dernier échelon
gravi, tous les échelons inférieurs étant conservés ce qui est le
propre de l’échelle il n’y en a pas de plus haut. Ce sera alors la
fin de l'ère aryenne, de même que nous sommes arrivés a' la fin
d’une certaine période de l’ère aryenne. A ce dernier échelon,
on verra la confluence, le rassemblement, l’unification de toute
l’humanité. D’abord, l’ individu, puis la famille, la lignée, le
peuple, la race, enfin l’humanité entè're. A chaque période, a'
chaque ère, les hommes parcourent cette voie jusqu’a' la fin. La
disparition totale des oppositions existant actuellement entre les
peuples, les nations et les racesmarquera la fin. Les signes avantcoureurs
de cette prochaine grande re¤volution mondiale sont

déja’ perceptibles.On entend sans cesse prêcher l’ intégration totale.

On travaille partout a’ faire cesser les oppositions entre les

religions. Des blocs politiques se forment déja’ ; et se dessinent

clairement deux grands groupes entre lesquels se partage l’humanité

: l’est et l’ouest.Tous deux savent que, s’ ils conservent

leur point de vue sur leur propre culture de l’égoïsme, l’anéantissement

total de l’humanité devient effectif.

En même temps, beaucoup voient nettement que l’époque

est finie ou les combattants formaient un front sur la ligne duquel

tombaient les morts et les blessés, alors qu’a’ l’arrière, en

sûreté, l’état-major orchestrait la guerre, et que plus en arrière

encore, et plus en sûreté, les divers groupes économiques dirigeaient

tout de leur repaire.Comme le principe fondamental de

l’égoïsme est l’auto-protection, que la possibilité d’attaquer et

d’anéantir par ruse n’existe plus et que les armes techniques interdisent

absolument de s’exterminer a’ l’ improviste, on est

bien obligé de s’unir.

Peut-êre est-il possible et même très vraisemblable qu’ il

faille encore mener bien des combats avant que tout le monde

sente ce que cette obligation a d’ inéluctable ; mais on ne peut

plus arrêter l’e¤volution de cette dernè’re phase.

Un très grand groupe d’autorité s est profondément pénétré

de la nécessité de mettre sur pied une nouvelle organisation

mondiale. On parle d’un contact journalier incessant entre les

groupes au sommet des deux camps, tant sur le plan politique

que religieux, quoique la pressemondiale n’en fasse état que très

partiellement.

Et la question n’est pas : Allons-nous la faire ? mais :

Comment la faire ? Comment faire pour que le peuple, la

masse l’accepte, et justifier cette grande révolution de toutes les

valeurs conside¤re¤es auparavant comme inviolables ?

Mais vous le comprenez, l’humanité y est bien obligée, elle a

le dos au mur ! On pensait pouvoir limiter aux autres les effets

de l’explosion de la bombe atomique, mais les risques sont devenus

 trop grands et c’est pourquoi on chantera bientôt en

choeur : Tous les hommes sont frères ! Beaucoup d’églises et

de mouvements religieux cherchent également l’unité forcée.

Pourquoi ? Eh bien, la culture de l’égoïsme, la lutte pour

l’existence, la peur de la mort et de l’ane¤antissement poussent

l’humanité à ce dernier pas. L’unité forcé ou l’anéantissement

réciproque : entre ces deux extrêmes, l’humanité doit choisir !

A force de misères et de morts, l’humanité a choisi la première,

ou est en train de le faire. Ainsi la culture de l’égoïsme

humain atteindra sa limite… et attention en conservant tous les

autres aspects, qui sont indéracinables.

Alors, bientôt, la grande unité des peuples et des races sera

assurée uniquement par la force et la contrainte, avec la collaboration

et sous la direction de toutes les autorités. A la fin, le

monde entier se verra donc sous un régime fasciste et corporatif.

Tous les hommes seront forcés d’être mutuellement frères : dernier article de la loi de l’auto-conservation.

Entre-temps, tous s’étirent tant qu’ ils peuvent sur la pointe

des pieds pour attraper le plus de proies et de butins possible. Ils

allongent le pas pour atteindre leur but au plus vite. Les malheureux

fidèles des religions naturelles ne vont plus parler que

de la lumière qui se concrétise maintenant pour rayonner sur

l’humanité entière, la lumière envoyée par le Christ.

Mais la grande lutte continue : c’est a’ qui sera ou paraître le

plus grand et le plus important. L’ industrie profitera de

l’égoïsme pour exploiter l’humanité dans des proportions

monstrueuses.

Ceux qui, en observateurs plus ou moins objectifs et dotés de

quelques qualités d’âme, observeront ces agissements et l’accé-

lération prochaine de la course a’ l’abîme auront grandement

mal au coeur de cette immense imposture.

 LaoTseu la compare à des restes de nourritures ou autres choses nauséeuses toujours détestables.

Allez-vous vous associer a' une telle tromperie ? Ou bien,cherchant la voie deTao, choisirez-vous
 l’autre chemin?